Être là, vraiment là…

 

Marie Curie, scientifique d’exception, était non seulement une pionnière de la physique, mais aussi une enseignante hors pair. Exigeante et rigoureuse, elle était pourtant toujours disponible. Lorsqu’un élève venait lui poser une question, elle arrêtait tout. Plus rien d’autre n’existait.

 

Un jour, un jeune chercheur anxieux l’interrogea :
“Comment savoir si je suis sur la bonne voie dans mes travaux ?”
Elle sourit, puis répondit après un silence :
“Si votre question vous empêche de dormir, alors c’est qu’elle en vaut la peine.”

 

Les meilleurs professeurs sont ceux qui s’intéressent à leurs élèves, les meilleurs élèves sont ceux qui se laissent enseigner. Ils sont ouverts, présents, disponibles à l’enseignement.

 

Les coups de foudre intellectuels existent. L’éblouissement d’une rencontre de type maître-élève peut orienter une vie. Quand un professeur parvient à intéresser ses élèves, à mobiliser leur raison, à produire le fameux déclic de compréhension, il se passe quelque chose d’inouï dans la classe : on entend le crépitement des intelligences, nous dit le sociologue Hartmut Rosa. Le feu de la connaissance circule, il est contagieux, embrase tout le monde.

 

La disponibilité devient hélas une denrée rare, parce qu’elle engage un effort très difficile : l’attention. Pourquoi cet effort est-il si difficile ? Parce que c’est un effort par retrait. C’est le plus grand des efforts, nous dit Simone Weil. On doit se laisser faire, suspendre sa pensée pour accueillir celle de l’autre, inhiber l’envie de répondre ou de s’échapper dans ses rêveries. Ensuite, il faut s’activer, passer de la simple curiosité à la studiosité, engager sa volonté. On n’apprend rien quand on est passif. Il faut se mobiliser en se questionnant, en creusant, en répétant.

 

Pour Simone Weil, l’attention à l’autre, la disponibilité, est un miracle, à portée de tous à tout instant, mais un miracle quand même. Être là, simplement là, totalement là. Ne pas faire semblant d’écouter, ne pas faire semblant d’apprendre. Engager sa présence-présence, et non le mode présent-absent que l’on rencontre si fréquemment dans les salles de classe, où les élèves ont les yeux dans le vide ou sont vissés sur leur écran d’ordinateur, occupés à autre chose.

 

Comment se rendre disponible à un enseignement ennuyeux ?

On a tous tendance à basculer en mode présent-absent quand un cours ne nous motive pas ou que l’enseignant ne parvient pas à capter notre attention. Il n’y a pas de recette magique pour se forcer à revenir. On peut s’automotiver en se rappelant que la disponibilité d’esprit en cours permet d’économiser beaucoup de temps par la suite dans l’apprentissage. C’est donc rentable. On peut aussi inverser la proposition : ne pas attendre que le cours soit intéressant pour s’y intéresser, mais s’y intéresser pour qu’il devienne intéressant.

 

Pourquoi les meilleurs MOOC n’égaleront jamais un vrai cours ?

La manière d’enseigner s’adapte au manque d’attention généralisé. Les contenus des MOOC adoptent l’a priori que notre attention étant limitée, il faut raccourcir les contenus pour éviter le zapping. L’ingénierie pédagogique propose des formats de plus en plus courts, pour favoriser la concentration. Paradoxalement, cela ne m’aide pas à rester focus. Comme 80% des apprenants, je peine à aller au bout des MOOC que j’ai choisis. Le morcellement engendre l’émiettement du raisonnement, et au final, le décrochage. Il m’est plus facile de suivre un cours magistral, la progression lente m’aide à rester attentive. On prédit depuis des années la fin des cours magistraux. Je pense qu’ils ont encore de l’avenir.

Les cours en ligne ne laissent pas de place à l’imprévu. Pourtant, un bon cours est toujours un peu improvisé. L’enseignant capte l’énergie de la salle, s’adapte aux réactions, reformule si nécessaire. C’est cette alchimie qui rend un enseignement vivant. Un cours en ligne peut être parfaitement conçu, mais il lui manquera toujours la saveur de la relation vivante.

 

Comment s’entraîner à la disponibilité ?

🔹 Augmenter son taux de présence-présence
En situation d’apprentissage comme dans les conversations les plus quotidiennes, forcer sa pensée à rester connectée et la ramener gentiment dès qu’elle cherche à s’échapper. C’est de l’entraînement attentionnel.

🔹 Accueillir le silence dans les échanges
Le silence permet à l’autre d’aller au bout de sa pensée. Lui offrir de la place permet de créer un climat de confiance propice aux échanges intéressants.

🔹 Créer des bulles de concentration
La disponibilité est limitée en durée. Pour un travail qui exige de la concentration, prévoir des séquences de 25 minutes sans interruption. Et recommencer après une courte pause

🔹 Pratiquer l’art de la conversation
En tâchant d’écouter plus et de parler moins.

 

Car au fond, être disponible, c’est avant tout choisir d’être là, pleinement, dans ce que l’on fait et avec ceux qui nous entourent.

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut